Malgré la crise économique mondiale, l’aéronautique décolle au Maroc, et c’est pour voler très haut, selon les responsables et experts du domaine.
Les annulations et les reports des commandes par les compagnies aériennes se multiplient. Une question se pose : le tout jeune secteur aéronautique marocain sera-t-il impacté ? Les professionnels et le ministère de tutelle rassurent... Mieux encore, cette crise représente une opportunité pour le Royaume qui est l’une des destinations les mieux placées. Il faut juste qu’il mette en valeur son plan de développement de ce secteur, érigé, d’ailleurs, comme un métier mondial par le programme ‘’Emergence’’.
L’année 2008 est un exercice à oublier pour l’industrie aéronautique mondiale ! Les commandes enregistrées par Boeing et Airbus se chiffrent à près de « 1.500 appareils alors qu’elles ont atteint 2.754 l’année précédente », rapporte Reuters, le 31 décembre 2008. La crise économique et financière est passée par là… En effet, plusieurs compagnies aériennes (surtout du Moyen-Orient et de la Chine) ont reporté ou annulé leurs commandes auprès des deux avionneurs. Les compagnies de leasing connaissent, elles aussi, quelques difficultés de financement. Résultat : manque de visibilité sur l’évolution du secteur dans les années à venir.
Etant donné que l’aéronautique est un métier mondial, il est légitime de se poser la question sur l’impact que peut avoir cette crise sur ce secteur marocain orienté à 100% vers l’export. « Jusqu’à maintenant, on ne constate ni une fuite ni un véritable ralentissement de l’activité. Mais il est probable que cette dernière ne sera pas soutenue, en 2009 », répond Hamid Benbrahim El-Andaloussi, président du Groupement des industriels marocains aéronautique et spatial (GIMAS). Même son de cloche ou presque auprès du ministère de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles Technologies. Crise ? On n’en parle pas ! « À moyen et long termes, les carnets de commandes des opérateurs sont pleins. Il n’y a pas de risque d’impact négatif de cette crise », tient à préciser Latifa El Bouabdellaoui, chef de la division des Industries mécanique et métallurgique dans ce ministère.
Mieux encore, « cette crise économique présente une opportunité pour notre pays dans la mesure où elle pousse les investisseurs étrangers dans l’aéronautique à accélérer leur implantation au Maroc », ajoute-t-elle. Pour exploiter toutes ces opportunités, « le Maroc est parmi les pays les mieux placés », laisse entendre plus d’un professionnel du secteur.
En effet, « un plan de développement de l’industrie aéronautique bien ficelé a été déjà mis sur pied », rappelle L. El Bouabdellaoui. S’inscrivant dans le cadre du programme ‘’Emergence’’, ce plan ambitionne la création de plus de 17.000 emplois à l’horizon 2015, tout en montant en gamme et en élargissant les filières ciblées. Ces dernières sont la sous-traitance et l’industrialisation (Bureau d’études, méthodes, approvisionnement…), les services avions moteurs et équipements (maintenance aéronautique…), les modifications et la transformation avions (customisation de cabines-avions privés haut de gamme) et la logistique aérienne.
Pour ce faire, une zone industrielle nouvelle génération dédiée à ce secteur a été créée autour de l’aéroport de Casablanca : ‘’aéropôle Mohammed V’’. Cette plate-forme industrielle intégrée « offre infrastructure, connectivité et services critiques- clés », explique L. El Bouabdellaoui. Avant d’ajouter qu’« elle est en mesure de répondre dans les règles de l’art aux besoins qualitatifs et quantitatifs des opérateurs du secteur aéronautique ». Par conséquent, cette zone industrielle est de nature à « contribuer à la promotion de la destination Maroc, en permettant un meilleur positionnement international par rapport aux concurrents ». Pour rappel, le succès de cette zone industrielle nouvelle génération est tel que « l’aménageur et le gestionnaire de ce parc, l’Office national des aéroports (ONDA), a lancé, en avril 2006, les travaux de la deuxième tranche du projet d’extension de l’aéropôle Mohammed V ».
Dans le même sens, un Institut des métiers de l’aéronautique (IMA) va être mis en service lors de l’année universitaire 2009-2010, ce qui ne manquera pas de parer au manque de certaines compétences dans ce domaine.
Tous ces efforts fournis par l’administration, mais de plus en plus par les professionnels du secteur, depuis pratiquement dix ans, n’ont pas tardé à porter leurs fruits. En effet, en 1999, seules deux entreprises opéraient dans ce secteur, EADS Maroc Aviation et le Centre de maintenance de la RAM. Depuis, une dizaine d’entreprises ont élu domicile au Maroc, notamment dans l’aéropôle Mohammed V. La réussite des premières installations d’entreprises et joint-ventures montées a fait que des groupes de référence dans le secteur aéronautique, comme Boeing, Labinal, EADS Aviation, SNECMA, MATRA… se tournent vers le Royaume.
Le secteur aéronautique présente actuellement un tissu industriel diversifié allant des études jusqu’à la maintenance des avions, en passant par le composite, le traitement des surfaces, l’assemblage, etc.
Parmi ces métiers, 7 filières majoritaires se dégagent et représentent, à elles seules, près de 75% des effectifs actuels du secteur aéronautique marocain. Il s’agit du câblage, middle-management, composite (drapage et assemblage composite), mécatronique, chaudronnerie, ajustage et usinage. Bon signe : un début d’intégration en amont et en aval de la chaîne de valeur est d’ores et déjà observé. Ainsi, en l’espace de quelques années, « le Maroc est passé de la phase de sous-traitance à celle des produits finis, en faisant partie de cette longue chaîne de valeur à travers le monde qui consiste à concevoir, créer, produire et entretenir l’avion », confirme le président du GIMAS.
Source : Le Matin
Moustaqbali.ma repose sur la participation des internautes. Ton avis intéresse tout le monde. Oublie la grammaire et l’orthographe. Fais partager tes commentaires. Le portail est fait pour ça !